À travers toutes les mesures prises pour contrer la pandémie, on observe des impacts climatiques importants et favorables au climat.

Venise retrouve la beauté de ses canaux, les montagnes près de Wuhan sont enfin visibles, en Grèce l’acropole d’Athènes s’élève avec clarté au-dessus de la mer, l’air des villes est moins pollué.

Mais tout cela risque d’être de courte durée et cette baisse des gaz à effet de serre (GES) n’influencera probablement pas l’ampleur de la crise climatique. Comme disent des experts. “Ce n’est pas une diminution temporaire des émissions qui compte, mais une diminution continue et durable”.

Ce sont les plans de relance qui vont faire la différence. De nombreuses personnes et organismes témoignent presque quotidiennement dans les journaux de la nécessité d’une relance verte. Voici quelques exemples…

Baisse de la pollution

Nature Climate change, revue scientifique rédigée par le groupe de presse britannique Nature a produit une étude : Carbon global project et a conclu que l’année 2020 devrait être marquée par une baisse historique des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais qui aura sans doute peu d’incidences sur la crise climatique.

La climatologue Corinne Le Quéré, présidente du Haut Conseil pour le Climat (HCC), ainsi que les auteurs de cette étude se sont livré à plusieurs calculs pour estimer l’ampleur de la baisse des émissions de gaz à effet de serre.

D’après cette étude les mesures de confinement, la fermeture des frontières et l’arrêt de nombreuses activités économiques, la diminution du transport routier ont mené à une baisse de 17 % des émissions mondiales quotidiennes de CO2 au début du mois d’avril, par rapport à leur niveau de 2019.

L’année 2020 se finira sans doute avec une baisse d’au moins 4 % des émissions de gaz à effet de serre. Pour respecter l’Accord de Paris sur le climat, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) devraient plutôt diminuer chaque année de 7,6 % entre 2020 et 2030. Et si le but est d’arriver à 0 émission en 2050, la baisse devrait être de plus de 3% à chaque année.

Dans un autre registre, Chris McLinden et Debora Griffin, chercheurs d’environnement Canada affirment qu’il y aurait des baisses significatives de la pollution par le dioxyde d’azote, donc que l’air est plus pur à Toronto, Montréal et Edmonton par exemple.

Les grandes villes du Canada ont vu la pollution de l’air baisser d’environ un tiers depuis le début de la pandémie selon les chercheurs.

Santé et environnement

Les oxydes d’azote, émis par la moitié des véhicules et dont l’impact est néfaste à la fois sur la santé ont chuté ces derniers jours.

Le niveau d’exposition de la population diminue puisque le trafic routier lui-même diminue. L’exposition de la majorité de la population des grandes agglomérations au dioxyde d’azote baisse de 10 à 25% et est même supérieure proche des grandes autoroutes.

14 000 personnes au Canada et 9 millions dans le monde meurent à chaque année de décès prématurés à cause de la pollution atmosphérique.  Mathieu-Robert Sauvé de l’Université de Montréal rappelle que la pollution fait plus de victimes que les virus.

Dans ce même esprit on pouvait lire un article dans la Presse canadienne que 40 millions de professionnels de la santé demandent au G20 de mettre ensemble santé publique et environnement.

Jeni Miller, la directrice exécutive du Global Climate and Health Alliance :

« Une reprise saine reconnaît que la santé humaine, celle de l’économie et celle de la planète sont intimement liées »,

L’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME), l’Association québécoise des médecins pour l’environnement (AQME) et l’Association médicale canadienne (AMC) font partie des 40 millions de professionnels de la santé provenant de 90 pays qui demandent de mettre la santé publique et l’environnement au cœur de la reprise économique

Tous ces professionnels plaident qu’il faut  investir dans des énergies renouvelables, le transport en commun et la conservation de la nature. C’est la meilleure façon de réduire la pollution de l’air et les émissions qui réchauffent le climat, menaçant la santé des humains.

Économie et environnement

Saadia Zahidi, économiste et membre du Comité exécutif du Fonds Économique Mondial a dit : «Nous avons maintenant une occasion unique d’utiliser cette crise pour faire les choses différemment et reconstruire de meilleures économies plus durables, résilientes et inclusives.»

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a publié une feuille de route pour une relance économique sécuritaire et durable. Utiliser le potentiel, favoriser la transition énergétique et s’assurer d’être plus autosuffisant,  sont quelques points d’une longue liste.

Des dirigeants d’associations et d’organismes à but non lucratif représentant le secteur de l’énergie propre au pays — qui comprend l’électricité renouvelable, l’efficacité énergétique, les technologies propres, les biocarburants avancés et l’électrification des transports — ont envoyé au premier ministre Justin Trudeau une lettre ouverte. Ils demandent de mettre en place des mesures de relance économique axées sur les énergies propres pour bâtir une économie dynamique et résiliente.

Voici trois de leurs recommandations : promouvoir le maintien et la bonification des politiques climatiques. Investir dans des mesures de relance suffisantes, soutenues et durables. Agir rapidement au profit des solutions d’énergie propre, de l’innovation en technologies propres et des entreprises de ce secteur en élargissant les initiatives et programmes existants.

Des économistes de l’université d’Oxford, dans une vaste étude, publiée par l’Oxford review of economic policy mardi 5 mai, et soutenue par Joseph Stiglitz, assurent que le meilleur chemin pour garantir, que la reprise soit bien au rendez-vous après le choc pandémique, est de se mettre “au vert”.

Kristalina Georgieva directrice générale du FMI demande une reprise économique « verte  ». Lorsque les gouvernements fournissent des bouées de sauvetage financières aux entreprises à forte intensité de carbone, ils devraient exiger des engagements de réduction des émissions de carbone «  Il faut sortir progressivement des subventions fossiles.  Donner la priorité aux investissements dans les technologies vertes, les transports, l’agriculture durable.  Le prix de la taxe carbone doit être plus élevé.

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations Unies propose six actions :  investissements publics accélérés dans la «décarbonisation» de l’économie, fin des subventions aux énergies fossiles, imposition d’un prix sur les émissions de gaz à effet de serre, rejet de plans de sauvetage pour les industries polluantes et prise en compte des «risques climatiques» dans les investissements en infrastructures.

Hausse des températures

Malgré les milliards de personnes confinées sur la planète, la hausse des températures continue.

L’équipe de la Nasa et de l’Université Columbia de New York, a publié lundi 13 avril, une analyse des températures planétaires durant le mois de mars 2020. Malgré le Covid-19, le mois de mars 2020 est l’un des plus chauds que la planète ait connu. Avec un écart de 1,18C, la température de la planète est dangereusement élevée.

Des écologistes, des banquiers, des climatologues, des scientifiques, des citoyennes et citoyens écrivent, proposent, discutent d’une reprise verte.

Bref, nous sommes plusieurs à nous entendre que ce sont les plans de relance des gouvernements qui donneront la mesure de ce qui nous attend pour les prochaines décennies.

Il serait temps que le gouvernement Trudeau entende raison, mais ça ne semble pas demain la veille. Sa récente décision d’autoriser des forages en mer sans même faire d’évaluation environnementale sur la question en est un bon exemple.

D’autres décisions sont aussi déplorables : annulation des relevés sous-marins pour les populations de hareng en déclin en Colombie-Britannique, prolongation du délai accordé à l’industrie pour déclarer ses GES, même chose pour la pollution par l’industrie, report de la mise en œuvre de la norme sur les carburants propres jusqu’à une date non précisée. Or cette norme sur les carburants propres est un élément majeur de la stratégie climatique du Canada. Retard aussi d’une interdiction prévue pour les plastiques.

Nous sommes en pandémie. Les gens sont distraits par des préoccupations fondamentales : leur santé, leur travail, leur salaire. Et maintenant on voit les véritables convictions de ce gouvernement.

Des écologistes, des banquiers, des climatologues, des scientifiques proposent des actions pour une relance verte, mais il faudra aussi qu’une pression populaire s’exercer pour amener les libéraux à se lancer dans une relance verte plutôt que brune.

Sources : Le Devoir, l’Obs, Le Mondefr, National observer, UdM, La presse canadienne etc.