Chaque 22 avril est pour moi l’heure des constats. À travers les nombreux rapports que je lis, je tente de voir si nous avons avancés ou reculer face à certains enjeux environnementaux et cette année, mon constat est plus alarmant que jamais.

Il y a trois ans, Antonio Guterres, chef de l’ONU, nous mettait en garde : « Si nous ne changeons pas d’orientation d’ici 2020, nous risquons (…) des conséquences désastreuses pour les humains et les systèmes naturels qui nous soutiennent. » L’Organisation mondiale de la santé, quant à elle nous laissait savoir que le « changement climatique représente la plus grande menace pour la santé dans le monde au XXIe siècle ».

Nous avons été sensibilisés par le biais de nombreuses recherches scientifiques sur les dangers qui attendent les divers États du monde avec le réchauffement climatique. Fonte des glaces et hausse du niveau de la mer, hausse des températures terrestres, augmentation de la fréquence et de l’intensité des canicules particulièrement en Amérique du Nord, en Europe du Sud, en Asie centrale et occidentale ainsi que dans les régions tropicales.

À cet effet, alors que nous fracassons des records de température en ce beau mois d’avril, la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) indique que le danger d’incendie est déjà élevé en Mauricie et au Centre-du-Québec. L’indice atteint très élevé dans certaines régions du sud de la province. En 2020, 663 incendies ont été combattus au Québec en « zone de protection intensive » ont affecté 52 469,4 hectares de forêt.

On répète depuis des années qu’il faut nous préparer à faire face à une multiplication des évènements météorologiques extrêmes tempêtes, tornades, ouragans, sécheresse, glissements de terrain et incendies. Dès 2016, Ouranos, un consortium québécois de recherche sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques, a averti que l’érosion des côtes pourrait mettre en danger « des milliers de bâtiments publics et privés, mais aussi des infrastructures routières et ferroviaires, pour des pertes totales évaluées à plus de 1,5 milliard $ » au cours des 50 prochaines années.

Encore une fois, Alain Bourque, le directeur général d’Ouranos nous rappelait – pas plus tard qu’au début du mois – que les villes et les provinces canadiennes ne sont toujours pas préparées à de telles éventualités. Il est plus que temps de développer des stratégies afin de mieux se prémunir contre les phénomènes météorologiques extrêmes occasionnés par les changements climatiques. Il faut agir maintenant, pas demain, pas dans dix jours ou dix ans…

Des mises en garde sur les conséquences d’un réchauffement de 1,5°C par rapport à l’époque préindustrielle, nous en avons eu encore et encore. On peut ici citer la diminution de la quantité et de la qualité de nos ressources en eau, la désoxygénation et l’acidification des océans, résultant en une diminution de la biodiversité marine donc des ressources de la pêche.

Encore là, le dernier rapport de Pêches et Océans Canada précisait que « sous l’effet combiné du réchauffement climatique et de l’activité humaine, les trois océans qui bordent les côtes canadiennes subissent plus que jamais des bouleversements majeurs qui menacent plusieurs écosystèmes marins et des ressources de la mer importantes. L’Atlantique et le golfe du Saint-Laurent n’échappent pas à ces phénomènes, qui se sont accélérés au cours des dernières années.»

Malheureusement, les eaux de l’estuaire maritime du Saint-Laurent ne sont pas épargnées, elles sont de plus en plus acides, un phénomène provoqué par les rejets des secteurs industriel, agricole et plus globalement des changements climatiques. Les chercheurs estiment que, si rien ne change, aucune forme de vie ne pourra habiter les eaux profondes d’ici 50 ans.

Les experts du climat de l’ONU affirment même que la ville de Québec sera engloutie sous les eaux d’ici la fin du siècle si rien n’est fait pour empêcher la température globale de la planète d’augmenter de 3°C. Après le Vieux-Québec, Saint-Roch et Limoilou, le fleuve devrait avaler Bécancour et une partie de Trois-Rivières, puis tout le pourtour du lac Saint-Pierre, de Yamachiche à Berthierville, avant d’atteindre les rues de Contrecœur et de Charlemagne. Je ne sais pas pour vous, mais moi je m’inquiète pour les futures générations.

Si la crise sanitaire nous a permis de voir que l’action humaine est bel et bien au cœur des changements climatiques en donnant une pause à la planète, elle nous a aussi amené à prendre conscience de la fragilité de nos réseaux de santé. La santé, c’est primordiale et il y a un lien direct à faire entre les changements climatiques.

D’une part, il y a les zoonoses que l’INSPQ définit « comme des maladies ou infections causées par des virus, des bactéries, des parasites, des fungi et des prions qui se transmettent naturellement entre les animaux et les humains ».  Il ne faut pas s’étonner si la destruction des milieux naturels de certaines espèces les amène à se rendre dans des zones densément peuplées comme ce fut le cas au marché de Wuhan d’où origine le coronavirus. L’empiètement massif de l’homme dans la nature n’est pas à sens unique.

Également, on ne peut pas passer sous silence les problèmes liés à la pollution atmosphérique qui, selon l’Association médicale canadienne (AMC), est responsable de 21 000 décès prématurés par an, 92 000 visites aux urgences  et 620 000 consultations médicales.

En mars dernier, Santé Canada rendait public son rapport relativement aux impacts sur la santé de la pollution de l’air. Si les données diffèrent quelque peu de celles de l’AMC, elles sont tout aussi alarmantes. Le ministère estime que la pollution atmosphérique au-delà des concentrations naturelles, y compris la pollution atmosphérique provenant de sources humaines, contribue annuellement à 15 300 décès prématurés. De ce nombre, on en compte 4 000 au Québec.

À l’échelle canadienne, la morbidité ou les effets sanitaires non mortels comprennent 2,7 millions de jours avec symptômes d’asthme et 35 millions de jours avec symptômes respiratoires aigus. Le coût économique total de tous les impacts sanitaires de la pollution atmosphérique pour l’année s’élève à 120 milliards de dollars. Cela équivaut à environ 6 % du produit intérieur brut réel du Canada en 2016. Il s’agit selon moi d’un coût astronomique auquel le gouvernement fédéral doit s’attaquer.

Malgré toutes ces sonnettes d’alarme, nos dirigeants n’ont pas l’air de comprendre l’urgence d’agir.  La stratégie canadienne sur le climat demeure vouée à l’échec et c’est impardonnable. Le ministre fédéral de l’Environnement a beau affirmer que les libéraux atteindront leurs cibles de réduction de gaz à effet de serre, le rapport de 2019 indique que le Canada a émis environ un million de tonnes de plus de ces GES que l’année précédente. Les dernières données montrent que ces niveaux d’émissions sont plus proches en fait de ce qu’ils étaient en 2005 que de la cible de 2030 promise par le gouvernement Trudeau.

Pour atteindre la carboneutralité d’ici 2050, le gouvernement canadien mise sur le captage du carbone, le nucléaire, une énergie dangereuse qui est tout sauf renouvelable ainsi que l’hydrogène qui n’est rien d’autres qu’une bouée de sauvetage pour permettre d’exploiter les sables bitumineux sous des airs de relance verte. En fait, les libéraux, tout comme les conservateurs ne veulent surtout pas aborder l’éléphant dans la pièce, le problème des énergies fossiles. Et ce, même si le secteur pétrolier et gazier demeure le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au Canada. Trouvez l’erreur!

On est mal foutu.

Aujourd’hui, je suis plus pessimiste que jamais.