La conférence des Nations unies sur les changements climatiques 2022 (COP 27), qui se tenait du 6 au 20 novembre en Égypte, s’est conclue avec une entente au sujet de la création d’un fonds pour les dommages et préjudices subis par certains pays en raison de la crise climatique.

« Cette COP a fait un pas important vers la justice. Il est clair que cela ne suffira pas, mais c’est un signal politique indispensable pour reconstruire la confiance brisée », a déclaré Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU.

En effet, c’est un bon point pour la justice environnementale. Il était temps de reconnaitre que ce sont souvent les pays les plus pauvres qui sont les plus exposés aux conséquences des changements climatiques provoqués par les pays industrialisés. Ces peuples qui ont très peu contribué à créer cette crise en sont malheureusement les plus grandes victimes.

Il faut dire que l’entente conclue à Charm el-Cheik était attendue depuis la COP de Varsovie en 2013. Cela aura pris neuf ans avant de créer ce fonds; donc, il est tout à fait légitime de se demander combien de temps cela prendra avant qu’il soit disponible pour les pays les plus vulnérables.

Un seul exemple : le Pakistan. À l’été 2022, le tiers du pays a été inondé causant des dommages importants et fait des millions de sinistrés. La Banque mondiale estime à 30 milliards de dollars américains les pertes encourues découlant de ce seul sinistre. C’est afin de répondre à des drames de cette ampleur que ce fonds sera créé.  

Mais il reste tellement de questions sans réponse pour que ce fonds ne soit pas qu’une coquille vide. Qui aurait droit à cet argent ? Des listes de pays en besoin existent déjà à l’ONU, mais des pays touchés par les drames reliés au climat n’y figurent pas.

Qui distribuera les ressources financières ? Qui contribuera au financement de ce fonds ? Les pays historiquement responsables des émissions de GES ? Mais, que dire des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil par exemple dont les succès économiques se combinent à une explosion de leurs émissions.

Est-ce que ce sera des prêts ou des dons ? Il faut trouver de nouveaux financements. Mais où prendre l’argent, peut-être dans les secteurs les plus polluants ? Alors, comment leur tordre le bras financièrement ?

Quels seront les montants disponibles ? Des millions ou des milliards alors que les dommages actuels sont de l’ordre de plusieurs milliards ?

La crise climatique a accentué les différences entre les hémisphères nord et sud. Ce fonds est entièrement justifié, mais tout reste à faire. On lit que la COP 28 devrait être l’aboutissement de cette entente. On va souhaiter que ça ne prenne pas encore plusieurs COPs pour que ce fonds devienne opérationnel.

En ce qui concerne les éléments positifs de cette COP, j’ai le goût de vous dire qu’il n’y a pas plus… Malheureusement. Bien sûr, la décision délimiter le réchauffement climatique à 1,5 degré C a été maintenu, mais sans plus. C’est bien beau, mais au-delà des mots, il faudrait que les pays soient plus sérieux dans leurs objectifs pour y arriver.

 

Le palmarès pétrolier du Canada

Laurence Tubiana, architecte de l’Accord de Paris a déclaré : « Cette COP a affaibli les obligations pour les pays de présenter des engagements nouveaux et plus ambitieux. »

En effet, que font les pays à l’interne ? Que fait le Canada au sein de son propre territoire ? Ce pays est un des pires élèves parmi les pays industrialisés.

Le Canada se situe au 2e rang des pays du G7 qui donnent le plus de subventions aux énergies fossiles. Il est le premier pays du G20 pour les émissions de GES par habitant. Il n’est pas vraiment un modèle non plus pour le financement demandé, depuis 2009, afin d’aider les pays les plus touchés à s’adapter aux conséquences des changements climatiques. 

Enfin, il arrive 58e sur 63 pays en ce qui concerne l’indice de performance dans la lutte aux changements climatiques. Cet indice évalue quatre catégories : émission de GES, énergie renouvelable, consommation énergétique et politiques climatiques (Source : CCPIGermanwatch) Le Canada est recalé partout.

Comment faire autrement alors que ses politiques intérieures contribuent à l’expansion des combustibles fossiles ? Comment faire autrement, alors qu’il aide financièrement les compagnies pétrolières à mettre de l’avant des solutions qui n’en sont pas. L’argent des contribuables devrait aller vers des solutions qui fonctionnent et non pas dans les poches d’actionnaires pétroliers.

Un fonds pour aider les pays, ça va. Mais une autre façon d’aider, ce serait de réduire nos émissions de GES. Le Canada n’est pas là. Ses émissions plafonnent, alors qu’il se vante d’être un leader.

Si on écoute la science et qu’on prend au sérieux la crise du climat, il faut un changement de vitesse dans nos efforts pour contrer les changements climatiques.

Quand le Canada, comme État pétrolier, osera-t-il enfin nommer l’éléphant dans pièce, c’est-à-dire le secteur pétrolier et gazier au lieu de l’inviter à table ?

 

D’une COP à l’autre, du climat à la biodiversité

La 15e Conférence des Parties (COP15) à la Convention sur la diversité biologique (CDB) se tiendra du 7 au 19 décembre prochain à Montréal. L’objectif principal de cet évènement est d’adopter le cadre mondial de la biodiversité pour l’après-2020.

Le premier projet du cadre, publié en juillet 2021, s’appuie sur les enseignements tirés du Plan stratégique 2011-2020 pour la diversité biologique et des objectifs fixés à Aichi concernant la diversité biologique. Il reconnait qu’une action politique urgente aux niveaux mondial, national et régional est nécessaire pour transformer les modèles économiques, sociaux et financiers afin que les tendances qui ont exacerbé la perte de biodiversité se stabilisent d’ici 2030 et permettent la récupération des écosystèmes naturels, avec des améliorations nettes d’ici 2050. 

Après avoir invité les pétrolières à prendre la parole à la COP 27, voilà que le gouvernement canadien se présentera à cette COP sur la biodiversité avec la possibilité d’accorder dès le début 2023 des permis d’exploration en milieu marin à l’est de Terre-Neuve.

De plus, certains endroits touchés par ces permis accordés aux pétrolières sont dans une importante zone de protection de la biodiversité marine établie en 2019.  Vrai que les forages pétroliers n’y étaient pas interdits, mais si on est logique – mais rien n’est logique dans cette histoire – des forages doivent être interdits. 

Aller forer dans un écosystème fragile, ça n’a aucune importance pour le gouvernement Trudeau. On se rappellera que les libéraux ont donné leur bénédiction au projet Bay du Nord tout en sachant qu’en cas de déversement, il faudrait entre 18 et 36 jours afin d’amener le matériel nécessaire sur place pour colmater la fuite.

On parle ici de milliers de litres de pétrole qui se répandraient dans l’océan Atlantique. Comme si ce n’était pas assez, il faut savoir que les Québécois financent le quart des subventions à cette industrie en déclin, mais n’en retirent aucun bénéfice.

La raison invoquée par le ministre de l’Environnement Steven Guilbeault – ancien militant très proactif pour la protection de l’environnement, faut-il le rappeler – c’est qu’on aura encore besoin de pétrole après 2050 et que le Canada aura du « pétrole propre » à offrir à la planète.

Mais de nombreuses études, y compris celles de l’Agence internationale de l’énergie, prouvent au contraire que c’est totalement incompatible avec l’engagement de la COP de Paris. Plus de 38 technologies propres existent et ne demandent que de l’investissement pour se réaliser.

La situation est alarmante, certes. Mais à l’approche du temps des Fêtes, je nous suggère à toutes et à tous de célébrer ce que nous avons de plus précieux, les gens que nous aimons et la nature qui nous entoure. Continuons de protéger la biodiversité végétale et animale. Souhaitons-nous le verdissement des milieux urbains ainsi qu’une transition énergétique rapide et efficace afin de préserver la santé de la planète et celle de l’humanité.